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Les 13 erreurs et approximations trouvées dans "L'Empire Foot" de Pascal Boniface

Livre très intéressant, mais comme j'ai pu relever un certain nombre d'erreurs et d'approximations, je me permets de les partager ci-dessous !

  • pourquoi le foot s'est-il imposé comme sport le plus populaire ?
    • vous dites que c'est par la simplicité des règles, sa facilité à le pratiquer, sa flexibilité (nombre de joueurs peut varier, nature et taille du terrain aussi), et le fait qu'aucune morphologie ne soit favorisée par défaut (de Messi à Ibrahimovic)
    • vous l'opposez en cela au rugby (règles compliquées, impossible à pratiquer sur ciment) et au basket (impossible à pratiquer sans panneaux)
    • mais vous allez un peu vite en besogne selon moi, votre théorie, si elle est intéressante, est incomplète, car :
      • elle reste sans voix pour expliquer pourquoi le handball est bien moins populaire que le footballl alors qu'il répond à tous vos critères : un sport de balle en équipe de taille variable, aux règles simples, facile à jouer (plus encore que le foot peut-être, on est plus habile des mains que des pieds, non ?), on peut tout aussi bien improviser des cages, et une balle rebondit sur l'herbe (cf Wimbledon) comme le ciment
      • elle n'explique pas pourquoi le football n'a pas réussi à devenir le sport le plus populaire dans le sous-continent indien et aux Etats-Unis entre autres.
      • et même si elle expliquait parfaitement pourquoi le football est devenu le sport le plus pratiqué, cela ne suffit pas à expliquer pourquoi c'est aussi le sport le plus regardé. En effet beaucoup de ceux qui regardent les matches ne touchent jamais ou que très peu souvent un ballon de foot. On peut aimer regarder jouer un sport sans aimer le pratiquer. Aux Etats-Unis en 2009, chez les plus de 15 ans, plus de gens disent pratiquer le soccer que le football américain, mais en termes d'audience ce dernier, avec son point culminant le Super Bowl, est bien plus populaire. (source, slide 6)
    • je propose ma propre théorie dans cet article : Pourquoi le football est le sport le plus populaire au monde : les 9 raisons!
  • Vous comparez la croissance de l'adoption du football à celle des empires territoriaux, mais la comparaison est fallacieuse :
    • l'appartenance à un empire territorial est exclusive, on ne peut appartenir qu'à un seul empire à la fois
    • alors qu'on peut avoir beaucoup de pratiques, sportives ou autres, tout comme on peut aimer regarder toutes sortes de divertissements, sportifs ou autres
    • et à vouloir faire des comparaisons , on peut citer d'autres pratiques non exclusives qui ont conquis le monde encore plus vite que les empires d'hier ou que le foot : le téléphone a mis 75 seulement à gagner 50 millions d'utlisateurs, la télévision 13 ans, internet 4 ans, Facebook 2 ans, Youtube 10 mois...Angry Bird 35 jours et Pokémon Go 19 jours ! N'est-ce pas encore plus rapide et spectaculaire ? Peut-être qu'il faudrait écrire "Comment l'oiseau rond a conquis le monde" (Angry Bird est un oiseau rond)
    • vous écrivez que la " FIFA affirmait fièrement sur l’essor mondial du football : « Il aura fallu des siècles aux chrétiens pour accomplir cette mission [extension mondiale] alors que la FIFA la réalise en quelques décennies. » ", cela relève de la même approximation. Dans ce cas, il faut aussi le comparer aux pratiques et jeux évoqué plus haut.
      • D'ailleurs, sur un autre sujet, le football n'est-il pas une religion au fond : il a ses règles, ses dieux, ses temples, ses légendes. Et si on n'y parle pas d'au-delà, ceux qui ont vu la finale de la coupe du monde 1998 se souviennent sans doute de Thierry Roland disant qu'après ça on pouvait mourir tranquille !
  • Le foot en tant que ciment national ?
    • que penser pourtant de son rôle au Royaume-Uni, vous dites vous-mêmes : " En fait la majorité des Gallois, Écossais et les catholiques irlandais du Nord, tous citoyens britanniques, soutiennent « toute équipe qui joue contre l’Angleterre. » "
    • le foot servait-il a rapprocher Tchèques et Slovaques avant leur divorce ? Vous dites vous-mêmes : " En Tchécoslovaquie, avant le « divorce de velours » (séparation pacifique des Tchèques et Slovaques), même spectacle : les matchs entre le Slovan de Bratislava soutenu par les Slovaques et le Sparta Prague, symbole de l’identité tchèque donnaient lieu à des affrontements vifs entre supporters."
    • le football, ciment national de la Yougoslavie ? Vous dites justement "L’entraîneur croate Miroslav Blazevic déclara par la suite en toute modestie : « En Croatie, je suis un héros. C’est moi qui ai réveillé le sentiment identitaire croate en gagnant le championnat de Yougoslavie en 1982 avec le Dynamo de Zagreb."
    • vous écrivez aussi "Un jeune Coréen-Japonais de la troisième génération qui ne parle pas coréen déclarait : « Depuis que la Corée a battu le Portugal, c’est la première fois de ma vie que je me sens Coréen", pas sûr que cela aide les Coréens-Japonais à s'intégrer au Japon, déjà que le pays est réticent à l'immigration et a du mal à considérer comme vraiment japonais les naturalisés, dans ce cas le foot fait le jeu des extrêmes
    • Et à l'inverse, vous dites que les affrontements entre supporters tchèques et slovaques pouvaient laisser imaginer la séparation de leur pays, mais cela ne voulait pas nécessairement dire plus que les affrontements entre joueurs du PSG et de l'OM aujourd'hui. La Provence est-elle sur le point de faire sécession ?
    • Bref, il semble que mieux vaut ne pas surestimer l'importance du football, un sport capable de faire surgir le pire comme le meilleur chez l'homme, pas évident en tout cas de dresser un bilan de son rôle de ciment au sein des nations tant il peut aussi les diviser et les antagoniser. Comme dit The Economist (voir point suivant), "football is more of a mirror of society than a force which shapes it"
    • vous êtes je crois un lecteur assidu de The Economist, que vous citez régulièrement sur Twitter, lisez donc l'article There is little evidence that football helps racial integration :
      • Karl-Heinz Rummenigge, a Mannschaft star of old and now chairman of Bayern Munich, has argued that Mr Özil’s claim that he was “criticised because he is of Turkish descent” is a “fairytale”. “There is no greater promoter of integration than football”, he insisted. That claim has often been made by people with a vested interest in the game, and rarely challenged. Yet there is scant evidence to support it, and plenty to suggest that football actually encourages division—not just in the case of Mr Özil, but from the experiences of other European footballers and academic studies.
      • Academics are sceptical about the sport’s ability to promote harmony, pointing to substantial evidence to the contrary. Dirk Halm, a social scientist at the University of Duisburg-Essen, has documented the history of segregation between German- and Turkish-only amateur clubs in Germany. Between 1985 and 1997 the share of single-ethnicity teams in grassroots leagues doubled. 80% of Germans with Turkish heritage prefer clubs from Turkey to those in the Bundesliga. Mr Halm identifies a “false assumption that participation in sports has an integrative effect per se”
  • Vous écrivez :" En 1954, la victoire de l’Allemagne avait été perçue par son peuple comme un élément important de la normalisation de son statut. Les Allemands pouvaient se dire à l’époque : « Nous sommes redevenus quelqu’un ». Ils montraient un virage positif, victorieux, mais pacifique. Leur pays recouvrait si ce n’est son rang, du moins sa respectabilité et mettait en avant les qualités de rigueur, d’organisation et de volonté qui lui avaient permis de gagner contre un adversaire, la Hongrie, supposé plus talentueux. Après avoir été menée 2 à 0, l’Allemagne avait finalement gagné par 3 à 2. Mais on pouvait lire dans le Deutschland Union Dienst : « Remporter ce championnat a été un grandiose exploit, mais il ne faut pas considérer cela d’un point de vue nationaliste. Ce n’est qu’un jeu. On devrait dire que onze joueurs de football de l’équipe allemande en ont battu onze autres d’une équipe adverse, plutôt que de dire “l’Allemagne a été victorieuse”47. » À cette époque, l’Allemagne, qui a compris combien sa volonté de puissance avait été porteuse de catastrophes, entend rester modeste sur le plan diplomatique : il ne faut donc pas paraître céder aux tentations nationalistes."
    • L'Allemagne gagne en finale face à la Hongrie, la meilleure équipe de l'époque, mais ce qu'on ne dit pas, c'est que le joueur hongrois vedette, Puskas, était très diminué suite à une blessure infligée intentionnellement semble-t-il par un joueur allemand lors du match du premier tour qui avait déjà opposé les deux équipes, gagné 8-3 par la Hongrie.
    • Ce qu'on ne dit pas non plus, c'est que l'Allemagne fédérale s'était choisi le même entraîneur qu'au temps du nazisme
    • Autres atouts : pour l'anecdote, les crampons vissés à hauteur réglable, innovation apportée par Adolf Dassler (le fondateur d'Adidas!), bien plus efficaces sur terrain glissant, comme c'était le cas le jour de la finale.
    • L'autre arme secrète : au lendemain de la victoire, tous les joueurs allemands sont frappés d'une jaunissse due à de mystérieuses injections, plusieurs témoignages rapportent que les Allemands étaient sublimés à la pervitine, une amphétamine allemande
    • Vous dites que l'Allemagne "entend rester modeste sur le plan diplomatique ", mais vous omettez de citer les paroles du patron du foot allemand : Peco Bauwens qui s'est oublié en disant "Nous avons vaincu enfin après avoir été battus deux fois", en référence aux deux premières guerres mondiales. Les débordements consécutifs à cette rencontre vont d'ailleurs bien embarasser les autorités allemandes
    • source : https://youtu.be/lihzwkqEZ10?t=848
  • Vous dites "Si le football n’avait pas existé, le Honduras et le Salvador se seraient affrontés, sous d’autres prétextes.", mais pas nécessairement, rien n'est jamais écrit comme vous le savez pourtant, l'URSS et les USA par exemple, malgré quelques chaudes étincelles pendant la guerre froide, ne se sont jamais affrontés directement
  • Pour souligner les accomplissement positifs du football sur la scène mondiale, vous ne manquez pas de relever que la FIFA comporte plus de membres (211) que l'ONU (193), vous notez en particulier avec emphase que 26 entités membres de la FIFA sont absentes de l'ONU.
    • Mais en se penchant de plus près sur cette liste, on constate que sur les 26 on en trouve 22 qui sont déjà rattachés à des pays membres de l'ONU :
      • 11 appartiennent au Royaume-Uni ! (Angleterre, Anguilla, Aruba, Bermudes, Écosse, Îles Caïmans, Gibraltar, Îles Vierges britanniques, Irlande du Nord, Montserrat, Pays de Galles)
      • 4 appartiennent aux USA (Guam, les Vierges américaines, Porto Rico, Samoa)
      • 2 à la France (Nouvelle-Calédonie, Tahiti)
      • 2 à la Chine (Hong-Kong, Macao)
      • 1 au Pays-Bas (Curaçao), au Danemark (Îles Féroé) et à la Nouvelle-Zélande (Îles Cook)
    • Vous voyez dans le football un ciment national, mais convenez que c'est relatif. Tout dépend ce qu'on entend par nation, car à nouveau on peut voir que dans le cas du Royaume-Uni, il n'aide clairement pas à souder les Britanniques. En reprenant votre propre citation " En fait la majorité des Gallois, Écossais et les catholiques irlandais du Nord, tous citoyens britanniques, soutiennent « toute équipe qui joue contre l’Angleterre. » "
    • Je m'ennorgueillis comme vous de notre équipe de France métissée, reflet de l'histoire de France et de la méritocratie du sport, mais elle l'aurait moins été si dès 1998 Christian Karembeu avait pu choisir de jouer pour la Nouvelle-Calédonie. Est-ce une bonne nouvelle à ce titre que de voir ce morcellement des nations au contraire à la FIFA ? On peut se poser la question.
    • Pour insister sur l'ouverture de la FIFA, il aurait suffi de citer les 3 entités les plus originales non encore membres de l'ONU : la Palestine bien sûr, le Kosovo et Taipeï
  • Vous dites au début du chapitre II que la Coupe du monde a été remportée 3 fois par l'Allemagne. C'est inexact, quatre fois en tout, en 1954, 1974 à domicile, 1990 et 2014. Et pour être précis par la RFA les 3 premières fois et l'Allemagne réunifiée pour la dernière au Brésil. Sauf à dire que la première de 1954 ne compte pas, point sur lequel je vous rejoindrais volontiers, compte tenu du dopage et de la blessure infligée vraisemblablement de façon intentionnelle à Puskas, comme évoqué plus haut.
  • Vous dites toujours au début du chapitre II, que "Les pays sud-américains et européens monopolisent la compétition à partir des quarts de finale.", vous oubliez la demi-finale de la Corée du Sud en 2002, certes obtenue grâce à un arbitrage très généreux en huitème contre l'Italie (but refusé, pénalty refusé) et en quarts face à l'Espagne
  • Sur la disparition des joueurs "franco-algériens" en 1958, vous dites "Ces footballeurs s’étaient en fait envolés clandestinement, par la Suisse, vers Tunis, où siégeait le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Ce dernier se trouvait alors face à une initiative qu’il n’avait pas suscitée (il avait déjà sa propre équipe composée d’amateurs évoluant en Tunisie), mais il comprit rapidement l’avantage à tirer de cette situation. Le président du GPRA, Ferhat Abbas, déclara : « Il est évident que nous attachons une extrême importance au comportement de cette équipe, car elle représentera à travers ses exhibitions à l’étranger l’image d’un peuple en lutte pour son indépendance. » Rachid Mekloufi, champion de France avec Saint-Étienne, qui avait 22 ans à l’époque et devait jouer la Coupe du monde 1958, avait donc pris le risque de ruiner sa carrière pour défendre la cause de son peuple."
    • L'histoire semble plus compliquée que cela. Si Rachid Mekloufi n'a pas hésité à s'engager pour son pays, on peut se demander si tous les joueurs sont partis volontairement. Et à écouter l'autre star franco-algérienne de l'époque, Mustapha Zitouni, ne pas rejoindre le GPRA aurait été "un choix risqué". Et à la question "quel risque?", il répond "quelqu'un à la sortie du stade qui serait venu me descendre comme une bête". Cela nous fait relativiser un prétendu choix du coeur. Il paraît aussi douteux que cette fuite se soit faite à la grande surprise du GPRA lui-même. Cet épisode respire la menace.
  • Vous dites "Dans un vaste pays divisé socialement et ethniquement comme le Brésil, l’équipe nationale constitue un lien commun pour tous les citoyens. ", mais cela n'a pa toujours été le cas. Après la défaite en finale en 1950 à la maison face à l'Uruguay, les coupables de l'équipe ont vite été désignés, les Noirs, notamment le gardien, jugés nonchalants et incapables de résister à la pression de la compétition. Le foot est dans une certaine mesure amoral, il peut faire ressortir le pire comme le meilleur des hommes.
  • Vous écrivez "Mais ce qui fut le plus déterminant a été l’explosion de droits télévisuels dans les pays à forte population. Cinq championnats majeurs se sont distingués : Angleterre, Italie, Allemagne, Espagne et France, qui comptent également le plus large bassin de téléspectateurs." à vrai dire le plus vaste bassin est peut-être d'ores et déjà la Chine.
  • Vous dites "La Mannschaft n’est plus constituée de grands gaillards blancs, mais de joueurs d’origine turque, brésilienne, ghanéenne, tunisienne et polonaise, pour son plus grand bonheur."
    • Pour le bonheur, cela ne semble pas être l'avis de Mesut Özil comme l'illustre son récent départ de la Mannschaft, il entendait ainsi dénoncer le racisme latent de la population allemande pour qui selon lui, quand les Allemands issus de l'immigration de fraîche date gagnent, ce sont bien des Allemands à part entière, mais dès lors qu'ils perdent, ils redeviennent de simples immigrés. Je vous renvoie ici aussi à l'article de The Economist cité plus haut, et notamment cette statistique inquiétante mais certes un peu vieille "Between 1985 and 1997 the share of single-ethnicity teams in grassroots leagues doubled."
  • Vous écrivez enfin "La règle du football est simple : si on veut gagner, on prend les meilleurs.", mais pas toujours, la France n'a pas sélectionné Benzema, peut-être le meilleur joueur français du moment, et on a gagné la coupe du monde malgré tout, comme quoi, il n'y a pas de règle fixe dans le football semble-t-il surtout sur des compétitions qui supposent de gagner une poignée de matches et où donc tout est possible ou presque !
Voilà !
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