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Pourquoi Nicolas Bouzou pèche par arrogance quand il décrète que "Le travail est l’avenir de l’homme"

Je souhaitais réagir à cet article qui résume le dernier livre "Le travail est l’avenir de l’homme" de Nicolas Bouzou (NB), jeune économiste rafraîchissant mais qui ici je pense pèche par arrogance.

En deux mots, NB décrète que nous aurons toujours besoin de travailler pour vivre et nous épanouir. Il paraît bien sûr de lui.

C'est un de ceux qui disent que l'IA est une révolution comme une autre, et qu'on s'adaptera sans trop de problème, pour peu qu'on ne bride pas trop l'économie, et qu'on devra continuer à travailler, car les besoins des hommes sont infinis, se renouvellent sans cesse, et il faut donc une offre pour satisfaire cette demande, et c'est ce qui donne du travail à tous si l'économie est assez fluide. Une demande qui ne cesse de muter pour se reporter sur ce qui reste rare, sur la nouvelle rareté qu'on invente sciemment ou celle qui se fait jour par accident. Tant et si bien, que même lorsqu'on a assouvi tous les besoins classiques de la pyramide de Maslow, on aura toujours besoin de se distinguer de son voisin, et on inventera jamais assez de moyens d'y arriver, comme acheter des toiles de maître à des millions d'euros, etc.

On connaît un peu la chanson.

Mais son hypothèse de départ est TRÈS discutable, tant pis, il la prend pour acquise.

Si l'IA permet de faire bientôt tout ce que 98% des gens sur Terre peuvent faire, mieux et plus vite, ça change pourtant complètement la donne, c'est une révolution inédite, incomparable à tout ce qu'on a connu.

Bien malin celui qui sait ce qu'il va se passer. Donc sa prophétie est à relativiser énormément.

Et après, encore faut-il définir le travail, il semble lui-même en parler pour demain comme d'une activité parfois dure certes, mais toujours motivante, jamais aliénante, associée à une vision extraordinaire.

En fait c'est exactement le genre de projets qu'une personne qui touche un revenu universel pourra rejoindre si elle le souhaite. Il s'insurge contre le revenu universel, le grand sujet à la mode sur la scène mondiale depuis quelques années, un sujet remis à l'agenda par des penseurs américains, et c'est drôle de voir des intellectuels français s'en saisir pour le critiquer ou l'adouber, car si c'est un OVNI comme concept pour l'Américain qui profite de bien maigres amortisseurs sociaux, rien de nouveau chez nous, ça existe déjà en France, ça s'appelait le RMI, maintenant le RSA. Ce débat pour nous est donc plus une question de degré, de niveau, comment l'ajuster, que de nature...

Et sur le fond, pourquoi décréter d'entrée que c'est une idée nulle ? Testons-là ! Et d'ailleurs, pas mal de premières études montrent que ses effets sont plutôt positifs. Et si être payé sans travailler était fondamentalement débilitant, alors que penser des retraités qui profitent de la vie ?

Bref son ton péremptoire, sûr de son fait, le disqualifie à mes yeux. Alors que beaucoup d'indicateurs du progrès technique tendent à montrer que nous sommes à l'aube de changements sans précédent dans l'histoire de Sapiens et même de la vie sur Terre, restons humbles, prenons garde aux certitudes des prophètes autoproclamés.

Quand une majorité de chercheurs en IA pensent qu'il est probable qu'avant 2100 on produise une IA qui dépasse l'intelligence humaine à tous les niveaux, croire dur comme fer que demain il faudra "travailler" pour vivre épanoui est très curieux.

Et encore une fois, tout dépend ce qu'on entend par travailler, car si travailler devient faire ce qu'on veut, d'où on veut, se lever à l'heure qu'on veut, tout en continuant à accéder à 99% des biens et services possibles fournis par des robots et machines super intelligentes, qui réarrangent la matière infinie de l'univers selon notre bon plaisir du jour, alors on ne parle plus vraiment du travail "as we know it", et alors sa devise "le travail est l'avenir de l'homme" sonne bien creux...

Faut bien voir que nous les Hommes on plafonnera sans doute à 10-12 milliards d'individus sur Terre d'après les démographes, on ne serait pas loin du "peak child" et si la population continue à augmenter, c'est surtout parce qu'on vit plus longtemps.

Et on n'a que 24 heures dans une journée.

Compte tenu de l'immensité de l'univers, rien qu'en considérant la quantité d'énergie et de matière disponible dans notre système solaire, sans besoin d'aller bien plus loin, un monde d'abondance matérielle nous attend probablement.

Si on développe les robots et l'IA pour aller réarranger cette matière disponible avec cette énergie disponible qui sont infinies de notre point de vue, ce qui semble probable pour ce siècle ou le suivant, franchement, si on n'arrive pas aussi du même coup à mettre en place un système où l'on pourra vivre sans avoir "travailler" comme on l'entend aujourd'hui, c'est vraiment qu'on est... des manches.

Il semble vraiment possible qu'on parvienne à un monde d'abondance matérielle où l'on pourra tous vivre comme les retraités aisés d'aujourd'hui.

Ça ne tuerait pas nécessairement l'initiative, si par exemple il est gratuit de lancer sa pizzeria, pourquoi les gens viendraient-ils à celle de Paul plus qu'à celle de Jacques ? Dans un monde on l'on aura accès à n'importe quel bien matériel, la dernière rareté serait sans doute le temps qu'on a dans une journée pour profiter de la vie. En gros on paierait avec notre temps, et les entrepreneurs entreprendraient pour acquérir de l'influence, qui permet de remplir la pizzeria de Paul plus que celle de Jacques, flattant plus l'égo de Paul que celui de Jacques. Ceux avec le plus de potentiel d'influence auront accès aux derniers biens vraiment rares, comme posséder la vraie Joconde. Mais l'accès à cette rareté sera peut-être vu comme futile à la masse des autres, disposant de quasi tout, et pouvant se plonger dans des mondes virtuels plus vrais que nature, en tout cas sans doute plus stimulant, pour le meilleur ou pour le pire...

En tout cas voilà une autre possibilité, je ne suis pas sûr de mon coup, pas comme Nicolas Bouzou qui semble lui avoir tout compris, trop fort !

Bon, comme je n'ai pas lu le livre, je réagis à chaud et je déforme peut-être ses propos, je suis parti de l'article qui en fait l'apologie, si qq l'a lu et veut préciser, ce serait top ! :)

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