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Réponse à Jacques Attali qui se demande si l'IA peut rivaliser avec l'intelligence humaine et jouer les artistes

Voici ma réponse à l'éditorial de Jacques Attali relayé dans ce tweet.

Jacques Attali (JA) assène que nous sommes très loin de voir une IA maîtriser "ce qui fonde l'intelligence humaine". Il en veut pour preuve le fait qu'un enfant de 5 ans peut reconnaître un chien à partir du moment où il en a vu un, là où la machine a besoin de milliers de tentatives.

Faudrait déjà définir ce qu'est l'intelligence, mais passons (une définition pratique est la "capacité à remplir un objectif", mais elle ne se mesure pas facilement avec un simple coefficient). Peut-être que l'IA a besoin de beaucoup d'essais pour reconnaître un chien, mais 1. on parle de l'état de l'art aujourd'hui, ça évolue très vite, et 2. ce qui compte, ce n'est pas tant la méthode mais le résultat pour ce qui devrait nous importer : l'IA a besoin de plus d'essais, mais la belle affaire puisqu'elle peut se permettre ces essais, par milliers, millions, milliards. Elle apprend vite, de plus en plus vite, et au final elle fait mieux que l'homme aujourd'hui en reconnaissance faciale, en moins de temps. Elle ne le fait peut-être pas de façon aussi orthodoxe, mais qu'importe la façon si au final sur l'exemple pris par JA elle le fait mieux que l'homme, peut reconnaître n'importe quelle race de chien, et bientôt en donner le pedigree sur la base d'une photo analysant instantanément son phénotype.

JA explique ensuite que le cerveau humain est très compliqué, on a 100 milliards de neurones, reliés chacun à des dizaines de milliers d'autres, donc des milliards de milliards de connexions neuronales.

 

JA fait peut-être référence au courant en IA qui chercherait à atteindre le niveau humain d'intelligence en copiant le cerveau à la lettre, notamment en prenant une photo parfaite tridimensionnelle d'un cerveau, avec son entrelacement de neurones, synapses, concentrations en neurotransmetteurs à chaque synapse, etc, à reproduire ensuite sur ordinateur, une façon de le télécharger ou de l'émuler sur ordinateur. Mais ce courant est minoritaire, la plupart des chercheurs qui pensent qu'on atteindra l'AGI (Artificial General Intelligence, ou l' intelligence de niveau humain) disent qu'on y arrivera en suivant un chemin séparé, juste en s'en inspirant seulement dans les grandes lignes avec les réseaux de neurones artificiels, mais sans chercher à tout copier dans les détails, car c'est très voire trop compliqué effectivement, mais surtout pas nécessaire.

JA dit ensuite que notre intelligence réside non pas dans notre capacité "à organiser des causalités", mais das notre capacité à anticiper, par des boucles rétroactives, des perceptions ultérieures" (où sera la balle de tennis ; pour un skieur où sera son corps, etc.), "le propre de l'intelligence c'est l'anticipation" "Difficile d'imaginer que l'IA puisse rivaliser avec cela, et c'est particulièrement vrai pour la dimension artistique de l'intelligence"

C'est faux ou flou, bref un argument inconséquent en l'état: les IA existantes font déjà preuves d'anticipation, on a déjà des robots qui jouent au ping pong (voir la vidéo bluffante), des voitures qui savent esquiver des obstacles, etc. On ne voit pas beaucoup où JA veut en venir... On peut définir l'art comme un mélange d'influences saupoudré de plus au moins de nouveautés, associé à un format. La beauté d'une oeuvre d'art reste subjective, donc difficile de juger de façon générale. Comme la plupart des formats sont numérisables, c'est-à-dire traduisibles en 0 et en 1, l'IA peut passer en revue toutes les oeuvres produites à ce jour et en déduire les influences passées, puis elle peut alors les hybrider, les amplifier, les déformer, et introduire une part d'imprévu, de hasard, dont faire varier la proportion également au hasard d'une oeuvre à l'autre. Il n'est pas du tout évident que l'IA n'arrivera jamais à produire de l'art. Certains pensent que c'est déjà le cas. Une IA a écrit de la musique classique qui ont ému des oreilles expertes (voir People are confusing computer-generated music with the works of J.S. Bach). Google sait faire rêver (et délirer?) une IA pour produire de drôles de dessins psychédéliques que certains trouveront envoûtants...(tapez deepdream dans google image).

 

Jacques Attali a d'ailleurs lu cet article et m'a gratifié de cette réponse :

Un débat est engagé par email ! à suivre donc !

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